Résidence du cardinal Duprat

Nous commencerons l’étude des monuments du règne de François Ier par la fastueuse résidence que le cardinal Duprat avait élevée à Nantouillet (Seine-et- Marne), et dans laquelle l’ogive apparaît encore dans une chapelle, ce qui montre la force de la tradition architecturale du moyen âge.

L’histoire nous montre ce haut dignitaire de la cour de France et de l’Eglise, d’abord lieutenant général au bailliage de Montferrand, puis successivement avocat général au parlement de Toulouse, président du parlement en 1502. Quand François Ier monta sur le trône, il le nomma administrateur de ses finances. Quelques années avant d’occuper cette haute fonction, il était entré dans les ordres et avait bientôt acquis les faveurs de la cour de Rome. En 1527, le pape Clément VII lui accorda le chapeau de cardinal et le titre de légat. Ce fut dans cette haute position qu’il entreprit la construction de son habitation de Nantouillet, où il chercha à rivaliser en art et en richesse avec les splendides demeures princières qu’il avait visitées en Toscane et en Lombardie.

Château de Nantouillet, porterie et vestiges du pont-levis

Château de Nantouillet, porterie et vestiges du pont-levis

Aujourd’hui il ne reste que fort peu de chose du château du chancelier Duprat ; mais les restes sont précieux pour l’histoire de l’art du XVIe siècle. On peut reconnaître encore la disposition des bâtiments qui s’élevaient au milieu d’une enceinte quadrangulaire flanquée de tours rondes, maintenant presque détruite. Il ne reste plus debout que l’entrée du château, un corps de logis et l’arrachement des deux ailes à moitié dénaturées ou ruinées. L’entrée principale nous montre encore le style du temps de Louis XII, comme on le voit employé dans les premières années du règne de François Ier. Elle se compose d’une arcade cintrée en demi-cercle et d’une plus petite a côté pour les piétons. Au-dessus de l’arcade du milieu est une niche avec couronnement sculpté, dans laquelle on peut voir les restes d’une statue qui paraît être celle de Jupiter. « Ce n’est pas sans étonnement, dit M. Albert Lenoir, qu’on voit l’image d’une telle divinité au frontispice du château d’un prélat catholique. Mais nous ne comprendrions pas qu’on essayât de trouver aucune espèce d’allusion dans le choix du sujet de cette statue, et nous pensons qu’il ne faut y voir autre chose que le témoignage de ce goût alors fort à la mode, qui s’était manifesté en Italie d’abord, et en France ensuite, pour les divinités et les héros du paganisme. Le cardinal Duprat avait orné l’entrée de son château de la statue du maître des dieux, comme le cardinal d’Amboise, quelques années auparavant, avait décoré les murs du sien des portraits des empereurs de l’ancienne Rome. »

« Ce que nous ne pouvons nous dispenser d’observer encore dans l’entrée du château de Nantouillet, c’est qu’on n’y parvenait que par un pont-levis, ainsi que l’indiquent les longues ouvertures destinées a le manoeuvrer ; et il est curieux de voir que, malgré le changement qui s’était opéré dans les mœurs sous le règne de François Ier, on n’avait cependant pas encore renoncé à l’appareil de défense indispensable dans les châteaux féodaux des siècles précédents. » Les tours de l’enceinte devaient certainement paraître bien sombres et bien sévères a côté de la délicate architecture de l’entrée, et ces marques de la puissance et du droit de juridiction que possédait le chancelier Duprat contrastaient par leur peu d’harmonie avec le reste du château. « Dans le corps de bâtiment du fond, dit encore le savant auteur, il existe encore en bon état de conservation un escalier de pierre a rampes droites, conduisant au premier étage, et particulièrement a la chapelle qui se trouve dans une tourelle formant saillie sur la façade du jardin ; cette tourelle est supportée au rez-de-chaussée par des colonnes à pans d’une délicatesse extrême, qui reçoivent la retombée des voûtes d’un élégant portique servant d’arrivée à un double perron, à l’aide duquel on descend au sol du jardin. Il n’est pas indifférent de remarquer que les arcs et les voûtes de ce portique, comme aussi les fenêtres de la chapelle, sont de forme ogivale, et que ce sont les seules de cette forme qu’il y ait dans ce château ; il faut donc reconnaître évidemment que ce type de l’architecture gothique passait alors pour le seul propre a imprimer le caractère religieux, et se trouvait conservé avec respect dans les parties consacrées au culte, au milieu des capricieuses fantaisies de la Renaissance. »

Après la chapelle, on remarque encore la grande salle, située au rez-de-chaussée dans le même bâtiment, et qui a conservé le nom de salle des gardes, dénomination qui pourrait paraître impropre dans un logis épiscopal, si l’on ne savait que la dignité de chancelier et même de cardinal donnait le droit d’entretenir un certain nombre d’hommes d’armes. Cette salle, dépouillée de son ancienne décoration, a néanmoins conservé sa grande et belle cheminée sur laquelle, outre les traces des armoiries de Duprat, on voit encore les restes de peintures dont les sujets sont empruntés a la mythologie. Dans l’aile gauche, qui est très-ruinée, il ne subsiste plus rien qu’un escalier en vis à voûtes en pierres rampantes et surbaissées, mais dont les détails de sculpture sont exécutés avec une rare perfection.

Partout, sur la porte d’entrée, dans l’escalier de la chapelle, sur la façade même du jardin, on voit alternativement sculptés les salamandres royales, les écussons et les trèfles de Duprat, qui ne peuvent laisser aucun doute sur la date précise de la construction de ce château, devenu aujourd’hui, comme celui d’Ango, le centre d’une vaste exploitation agricole, dont les exigences ont malheureusement fait disparaître les principales distributions de ce précieux exemple d’architecture civile : ce qui en reste mérite a tous égards de fixer l’attention des amateurs de notre architecture nationale.

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