Quand François Ier succéda à Louis XII – la Renaissance

Quand Louis XII mourut, l’architecture française protestait contre l’art ogival et essayait de rompre avec les traditions du moyen âge. Nous avons vu, d’un côté, les tentatives de l’art chrétien pour conserver la prépondérance que plusieurs siècles lui avaient donnée, et de l’autre, les progrès de l’architecture renouvelée de l’antique, comme une des manifestations de ce besoin d’émancipation intellectuelle et matérielle qui agitait la société et la faisait s’affranchir du joug féodal et du pouvoir clérical. Telle était la situation, quand François Ier succéda à Louis XII (1515), et nous constaterons bientôt qu’elle ne se modifia pas d’une façon absolue sous le règne de ce roi ; nous verrons cependant l’influence italienne prendre de grandes proportions et l’architecture se soumettre peu a peu aux formes de l’art antique.

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Portrait de François Ier, estampe de Binck Jacques (Graveur) Collection Michel Hennin. Estampes relatives à l’Histoire de France. Tome 4, période : 1547-1559

Le nouveau roi apparaissait plein de jeunesse et de force, « comme le type de générations nouvelles », comme « le jeune roi de la Renaissance ». « Il y a dans cette éclatante apparition, dit M. Henri Martin, une combinaison unique de l’antiquité et de la chevalerie, pareille à la fusion de l’art du moyen âge et de l’art antique sur les monuments de ce temps. C’est comme une fleur étrange et splendide qui ne se verra qu’une fois. Ni avant, ni après, on n’a eu parmi nous et l’on n’aura l’idée d’une si élégante créature. Non pas que cette élégance soit son domaine exclusif ; les hommes élevés comme lui et de sa génération sont comme des figures détachées des toiles de Raphaël et de Titien, artistes et modèles réagissant les uns sur les autres….. Ses traits grands et doux, son œil rayonnant, son sourire plein de grâce, son esprit ingénieux, brillant, actif, curieux de tout, comprenant tout. prêt, comme le siècle lui-même, à toute nouveauté ; son imagination vive et colorée, son cœur plein d’élan, d’ouverture, de générosité prime-sautière, facile a l’émotion et à l’attendrissement, tout concourt a la séduction immense qu’exerce ce jeune homme, formé par un gouverneur initié a toutes les lumières de l’Italie, mais surtout par deux femmes qui exercent sur lui une double et bien diverse influence, sa mère et sa sœur. »

Tel était François Ier quand, franchissant les Alpes, descendant dans la plaine du Pô et battant ses ennemis à Marignan, il se trouva devant les chefs-d’œuvre qui peuplaient les villes de l’Italie. A ce moment, on le sait, l’art italien était parvenu a son apogée. L’impression que ressentit le jeune roi de France a l’aspect de cette patrie des arts et de la cour de Léon X, fut plus vive encore que celle éprouvée par ses prédécesseurs, et eut pour notre pays les conséquences les meilleures et les plus favorables au développement de la Renaissance. Quel effet ne durent pas produire sur cette organisation si bien préparée les chefs-d’œuvre de Michel-Ange, de Vinci, de Raphaël ? et, fait curieux à remarquer, « l’effet qu’il produisit sur les artistes lui gagna l’affection des maîtres italiens, moins encore par sa libéralité que par son admiration intelligente. » Il aimait certainement les arts et ceux qui en étaient les interprètes brillants, non pas seulement « comme roi, mais comme homme » ; il avait enfin une nature d’artiste. Aussi tout son règne ne fut qu’un long patronage exercé sur les beaux-arts et sur les lettres, patronage qui lui a mérité le titre de « père des lettres. »

Au reste, tout concourut à donner a cette première moitié du XV1e siècle le rôle le plus beau dans ce grand renouvellement de la pensée commencé a la fin du siècle précédent, et la France devait faire faire un pas immense à la Renaissance en y mêlant l’esprit, le savoir, l’imagination de la société nouvelle qui se forma sous les auspices de François Ier, société « disposée a accueillir, par des motifs très-divers, toute espèce de nouveauté ».

Les arts furent, comme toujours, le reflet de ces tendances et de cet esprit nouveaux qui remplaçaient les traditions du moyen âge ; aussi « le progrès des lumières, du goût et du luxe, la vanité, l’esprit d’imitation, tout contribuait a la propagation de l’art. » Il n’y eut pas jusqu’aux fautes de la politique royale, jusqu’aux malheurs qui assaillirent l’Italie, qui n’aient servi au développement des arts : ainsi la chute de Florence, tombée au moment d’atteindre les destinées rêvées par Machiavel et que les Médicis ne pouvaient rendre à la liberté, les persécutions sans nombre qui assaillirent les Français et les partisans de la France en Lombardie et à Naples, la lutte qui s’éleva dans le sein de la chrétienté et qui menaça le royaume, toutes ces causes étrangères ou intérieures firent passer les Alpes à une foule d’émigrés italiens, qui vinrent chercher dans notre pays asile et protection. Ces exilés, la fleur de la population de la Péninsule, trouvèrent dans François Ier un protecteur jaloux de leur faire oublier, par les faveurs dont il les combla, ses torts envers leur pays. « Beaucoup de réfugiés furent pensionnés ou investis d’emplois notables dans l’armée et dans la diplomatie, des négociants et des manufacturiers habiles apportèrent dans nos cités leur industrie et les restes de leur fortune échappés aux mains des tyrans » ; les artistes enfin appelés à la cour de France y trouvèrent un roi digne de les comprendre, et dont la sympathie sincère ne leur fit jamais défaut. C’est ainsi que le grand Léonard de Vinci, Andrea del Sarto, Serlio, le Rosso, Prirnatice, Nicolo dell’Abbate et tant d’autres moins célèbres, furent appelés par François Ier, et quand il ne pouvait pas décider d’autres artistes a quitter l’Italie, il faisait venir leurs chefs-d’œuvre, dont la vue devait ouvrir « un nouveau monde a l’imagination gauloise ». Mais qu’on ne s’y trompe point : ce mouvement prononcé de l’influence italienne de ce côté-ci des Alpes n’anéantit pas l’originalité de nos arts, et en particulier celle de l’architecture. Certes les errements qui vinrent d’Italie avec les soldats de Charles VIII et de Louis XII apportèrent de véritables changements dans l’art de bâtir ; mais ces changements, nous l’avons dit, portèrent sur la forme et non sur le fond ; les architectes français, loin de reproduire les monuments italiens, cherchèrent a renouveler l’antiquité romaine, et à garder surtout leur individualité ; ils conservèrent précieusement les principes laissés par leurs devanciers, attachant une grande importance aux moyens matériels mis a leur disposition, aux exigences des mœurs de leur temps, aux traditions. aux influences du climat et aux convenances de ceux qui voulaient faire bâtir. Aussi tous les édifices élevés en France à cette époque remarquable sont-ils l’œuvre d’artistes français. Quelques-uns parmi eux allèrent bien a Rome étudier l’art antique, mais ils en revinrent riches d’étude et de savoir, sans posséder cet esprit d’imitation qui devait être si funeste a l’architecture, quand le souillé inspirateur de la Renaissance eut disparu complètement dans l’apparente grandeur architecturale que prisait le grand roi.

Reconnaissons donc tout ce que nous devons a la civilisation italienne du XVe et du XVIe siècle, et combien son influence fut grande sur nos arts ; mais reconnaissons aussi que la France, au milieu de ce grand mouvement intellectuel, sut conserver l’expérience acquise, une originalité incontestable, et occuper une place considérable dans la voie nouvelle où entrait l’humanité.

Passons en revue les monuments élevés sous le règne de François Ier, et remarquons, dans ce rapide examen, combien fut longue la transition, même à l’époque où les artistes italiens pouvaient prendre complètement la direction des arts en France. Il ne faut pas s’en étonner ; nous l’avons déjà dit, l’art ogival n’était pas anéanti ; les artistes étaient pleins de science, riches d’expérience et n’avaient rien a apprendre de ceux venus d’outre-monts ; mais il y en eut qui protestèrent contre l’envahissement des idées nouvelles ; d’autres qui les adoptèrent en cherchant a conserver leur individualité ; et comme ces derniers furent les plus nombreux, leur influence eut la force d’empêcher l’architecture de tomber dans une imitation stérile qui devait mener l’art à une complète servilité. Dans les monuments dont nous allons parler et que nous étudions à peu près dans l’ordre de leur érection, nous suivrons les développements de l’influence italienne, et nous verrons que les édifices des commencements du règne de François Ier ne ressemblent pas a ceux qui furent élevés à la fin : les premiers rappelant encore l’architecture et surtout la décoration de Louis XII ; les seconds se dépouillant de cette parure originale et fine, pour prendre la sévérité et la sobriété de l’antique. Dans cette revue, fort incomplète sans doute, nous prendrons les monuments quel que soit leur genre, l’architecture religieuse étant presque nulle, et tout l’intérêt se portant sur les habitations privées et sur les demeures princières.

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