Chambord, un château hors norme

Examinons maintenant l’œuvre capitale, selon nous, du règne de François Ier, le château de Chambord.

Ce palais célèbre est situé a 16 kilomètres de Blois (découvrez le Patrimoine de Blois avec patrimoine de France), sur la rive gauche de la Loire, dans un pays boisé traversé, par le Cusson. Vers la fin du XIe siècle, c’était un petit castel, rendez-vous de chasse des comtes de Blois et voisin de l’ancien château de Romorantin que possédait la duchesse d’Angoulême, mère de François Ier. Ce prince, qui avait toujours conservé le souvenir de ces lieux témoins des jeux de son enfance, fit démolir l’ancien manoir, et sur son emplacement éleva le magnifique château que nous admirons aujourd’hui.

Chateau de Chambord, Loir et Cher, dessin L. Goblain Antoine-Louis (1779-18..)

Chateau de Chambord, Loir et Cher, dessin L. Goblain
Antoine-Louis (1779-18..)

Chambord, un mélange architectural réussi

Rappelons-nous que c’est à cette époque que l’envahissement du goût italien allait en croissant, et combien les efforts des artistes français durent être grands pour ne pas céder à l’influence qui venait de l’autre côté des Alpes : la nouvelle construction entreprise par François en l’année 1526, fut un effort prodigieux, et résuma toutes les forces du génie français protestant, par une création d’une éclatante originalité, contre l’invasion du génie italien. On a cru pendant longtemps que l’architecte chargé de construite Chambord fut le Primatice ; mais la date de son arrivée en France, 1531, dément cette opinion ; et comme cet artiste, plutôt peintre qu’architecte, fut nommé surintendant des bâtiments royaux en 1541, il est supposable que son influence sur l’art de bâtir, s’il en eut, ne doit dater que de cette époque. Ce qui est vrai, c’est que le nom de l’artiste de génie qui créa ce magnifique château de Chambord, y aurait péri étouffé sons les gloires bruyantes de l’école italienne et sous cette coupable insouciance qui nous a si longtemps fait négliger l’histoire de nos arts ; il était perdu, comme le nom de l’architecte de la maison de Jacques Cœur, comme tant d’autres, si des recherches heureuses ne l’avaient révélé récemment à Blois, sa ville natale. Il se nommait Pierre Nepveu ; il avait débuté, dit-on, par coopérer aux travaux d’Amboise sous Charles VIII, et de Blois sous Louis XII et François Ier. Cette découverte intéressante est due a M. Cartier (d’Amboise).

Ainsi, le château de Chambord est bien une œuvre française; il était difficile d’ailleurs de voir dans son ensemble une conception étrangère, car ou ne peut nier que son créateur ne soit resté sous l’influence des habitudes et du goût régnant encore dans les constructions de cette période du règne de François Ier.

La courte description que nous allons faire de l’ensemble de Chambord prouvera bien qu’il est impossible de gratifier l’école italienne de cet original édifice.

Dessin du Château de Chambord par Van der Meulen, Adam Frans (1632-1690).

Dessin du Château de Chambord par Van der Meulen, Adam Frans (1632-1690).

Forme et disposition architecturale de Chambord

Le château est situé au centre d’un immense parc qui, par la variété des sites et des accidents du terrain, réunit tout ce qui peut favoriser les différents genres de chasse. Il se compose d’un vaste terre-plein quadrangulaire, entouré de constructions de trois côtés, reliées par des ailes au corps de bâtiment principal ou donjon, ni occupe le centre d’une des faces. Sa disposition rappelle celle des châteaux féodaux du XVe siècle : vaste enceinte flanquée de tours, au milieu de laquelle s’élève le donjon aussi garni de tours. Il est certain que ce système de défense, incommode et inoffensif pour l’époque, n’était que l’imitation d’une forme consacrée dont l’architecte n’osa pas ou ne voulut pas s’affranchir brusquement ; ce qui s’explique très-bien en songeant que les époques de transition et de fusion d’art procèdent toujours par tâtonnements, et que leurs artistes conservent toujours plus ou moins les traditions dont les exemples antérieurs leur ont laissé l’héritage.

Il est bien évident d’après cela qu’un artiste italien, laissant de côté les errements des temps précédents et d’ailleurs ne pensant même pas a les rappeler, eût dû élever un monument dans le goût qui dominait en Italie, c’est-a-dire en imitant l’antique.

Mais ce qui caractérise Chambord, c’est justement le style mixte de son architecture ; c’est, selon l’heureuse expression de M. Albert Lenoir, « un ancien château français habillé à la renaissance ». On y reconnaît, comme dans toutes les productions architecturales des commencements du règne de François Ier, que l’art, n’étant pas fixé, cherche sa voie, qui malheureusement ira aboutir a l’imitation servile de l’antiquité.

Tout le monde connaît le château de Chambord par les gravures et dessins qui en ont été faits en grand nombre ; aussi n’entrerons nous pas dans une description détaillée qui sortirait du cadre que nous avons adopté.

Château de Chambord. Toiture et cheminée.

Château de Chambord. Toiture et cheminée.

Disons cependant que cette construction est élevée en pierres tirées des carrières de Distant et de Ménars, pierre tendre, très blanche, qui acquiert à l’air une grande dureté. L’ensemble de l’édifice a un aspect fort et massif qui n’est pas sans noblesse. Le corps du bâtiment, composé de trois ordres de pilastres, présente d’abord à l’œil une grande simplicité ; mais cette ordonnance fine et délicate, appliquée sur des masses lourdes, a ceci de caractéristique que plus elle s’élève, plus elle multiplie les détails d’architecture et d’ornementation. C’est la ce qui frappe le spectateur, ce sont les prodigieuses et innombrables constructions qui surgissent au-dessus des terrasses qui couronnent le troisième ordre et au-dessus des combles, et qui par leur blancheur se découpent sur le ciel ou sur le ton sombre des toitures. « La, sans contredit, dans cet assemblage unique de Cheminées, de lucarnes, de tourelles et de clochetons, ainsi multipliés et décorés de découpures dentelées et de sculptures de toute espèce, on ne peut méconnaître un reste de ce goût gothique qui se complaisait dans l’emploi de pinacles, de pyramidions de toute sorte, et dont les artistes se sont plu à reproduire ici l’effet par tous les moyens dont ils pouvaient disposer. »

Mais la plus merveilleuse partie de Chambord, c’est l’escalier et la lanterne qui le surmonte. Cet escalier occupe le centre même du château, et donne accès par une double rampe en spirale a chacun des étages, et par sa disposition curieuse il permet à deux personnes de monter en même temps sans se rencontrer. Sa cage, tout à jour, se compose de pilastres qui suivent le rampant, et présente une ordonnance d’une hardiesse et d’une légèreté étonnantes qui ont toujours été admirées ; « perfection, dit Blondel, dans ses Leçons d’architecture, qui, aperçue de la plate-forme de ce château, frappe, étonne et laisse a peine concevoir comment on a pu parvenir a imaginer un dessin aussi pittoresque et comment on a pu le mettre en œuvre. »

Quant à la lanterne de cet escalier, « qui n’a point son pareil en France », c’est un admirable couronnement de tout l’édifice central. On l’aperçoit de fort loin. Aucune description ne saurait en donner une idée exacte : c’est une conception neuve et originale, une merveille du genre, qui fit poussera Charles-Quint un cri de surprise et d’admiration. Nous renvoyons aux nombreux dessins qui en ont été faits, pour apprécier cette construction remarquable, jaillissant au dessus des terrasses « comme une fleur de cent pieds de haut », et sur laquelle on voit partout les lacs d’amour et les F couronnées, les mystérieuses salamandres vomissant des flammes, emblème et devise de François Ier.

Chambord par Neurdein, Étienne (1832-191?) fils du photographe Jean César Neurdein, plus connu sous le pseudonyme de Charlet, les frères Neurdein ouvrent en 1863 à Paris un établissement consacré à la photographie.

Chambord par Neurdein, Étienne (1832-191?) fils du photographe Jean César Neurdein, plus connu sous le pseudonyme de Charlet, les frères Neurdein ouvrent en 1863 à Paris un établissement consacré à la photographie.

L’intérieur du château de Chambord était autrefois décoré de peintures et de tableaux dont il ne reste aujourd’hui aucun vestige. François Ier y avait rassemblé plusieurs ouvrages de Léonard de Vinci ; plusieurs salles étaient enrichies de fresques par Jean Cousin, et d’une galerie des portraits des savants grecs réfugiés en Italie après la prise de Constantinople. Les deux seules pièces qui aient conservé quelque décoration primitive, sont la grande chapelle et l’oratoire, chef-d’œuvre de sculpture.

Quoique François y ait fait travailler pendant douze années, Chambord ne put être achevé sous son règne ; son fils Henri II, qui se plaisait beaucoup dans cette royale demeure, fit continuer les travaux ; ses successeurs l’imitèrent, et Louis XIV reconstruisit sur un plan nouveau les galeries qui servent d’enceinte au donjon, et en confia l’exécution à l’architecte Mansart ; mais ces constructions ne furent pas non plus terminées. Louis XIV, qui affectionnait Chambord, y donna des fêtes splendides ; dans celle qu’il donna en 1670, eut lieu la première représentation du Bourgeois gentilhomme.

L’histoire nous montre le château de Chambord habité ensuite par Stanislas, roi de Pologne, jusqu’à son retour en Lorraine ; puis sons Louis XV, par le maréchal de Saxe. ll appartint, sous Louis XVI, a la famille de Polignac, qui y établit un haras considérable ; lors de l’émigration du propriétaire, le château fut dévasté. En 1804, le domaine de Chambord fut donné en dotation a la Légion d’honneur ; quelques années après, l’empereur le racheta et l’érigea en principauté de Wagram pour le maréchal Berthier, qui mourut en 1815. Sa veuve obtint,en 1820, l’autorisation de vendre Chambord. et ce magnifique domaine allait être livré à la bande noire, lorsqu’il fut racheté au moyen d’une souscription et offert au duc de Bordeaux.

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