Hôtel de ville de Paris

Nous citerons encore, et seulement pour mémoire, les châteaux de Villers-Cotterets, de Follembray, de Chantilly, et celui de la Muette, qui fut commencé après celui de Saint-Germain. François Ier, « voyant iceluy estre tant à gré, dit du Cerceau, comme d’estre accompagné d’un bois si prochain, il choisit un endroit en iceluy, près d’un petit marescage, distant de deux lieues dudit chasteau, où les bestes rousses, lassées de la chasse, se retiroyent ; et y fit dresser cette maison, pour avoir le plaisir de voir la fin d’icelles, et la nomma la Muette, comme lien secret, séparé et fermé de bois de tous côtez. Toutefois, estant bastie royalement, elle ne se peut tenir si muette ni cachée, qu’elle n’apparoisse entre le bois de sa grandeur. »

Tous les monuments que nous venons de citer sont des palais ou des habitations particulières : ce fait nous donne une idée exacte de la direction que les arts avaient prise pendant cette Renaissance qui changeait la société française. Cependant les édifices publics ne furent pas oubliés, et quoiqu’on en rencontre peu à l’état complet, il ne faut pas omettre, parmi ceux qui existent, l’hôtel de ville de Paris : c’est un exemple remarquable de l’architecture civile du temps de François Ier.

Hôtel de ville de Paris vers 1819, dessin de Christophe Civeton (1796-1831)

Hôtel de ville de Paris vers 1819, dessin de Christophe Civeton (1796-1831)

Nous avons, dans un livre précédent, parlé de la « maison aux piliers », qui était la maison commune où se débattaient les intérêts de la Cité.

Hôtel de ville de Paris

Mais, au commencement du XVIe siècle déjà, l’hôtel de ville de Paris était insuffisant. Du Breuil nous apprend qu’en 1533 la première pierre d’un nouvel hôtel de ville fut posée par le prévôt des marchands Pierre Viole. Le premier et le second étage étaient construits en 1549 ; le conducteur des travaux était Chambiche. Un nouveau plan qui modifiait le premier fut présenté a Henri II par un artiste italien, Dominique Boccardo, dit Cortone, dont le travail ayant été accepté, fut chargé de son exécution, que les guerres civiles des règnes de Charles IX et de Henri III firent suspendre. Ce ne fut que sous Henri IV, en 1606, que l’hôtel de ville de Paris fut achevé sons la prévôté de François Miron et sous la direction d’André du Cerceau, qui modifia quelque peu le plan de l’architecte italien.

Dans cet édifice. un des premiers dans lesquels on reconnaît les éléments du style de la Renaissance pure, on s’aperçoit que l’artiste italien sut se conformer au climat, aux besoins et aux mœurs de la société française d’alors ; il comprit que la lumière devait être introduite dans les intérieurs par de larges baies ; que la température d’hiver exigeant le chauffage des pièces, il fallait accepter franchement cette nécessité des nombreux et immenses tuyaux de cheminée ; aussi chercha-t-il a les rendre supportables en les décorant avec goût ; que les eaux pluviales tombant en grande quantité, il était utile de conserver la tradition des combles élevés ; enfin on peut dire que l’œuvre de Dominique Cortone est une des plus belles constructions commencées sous François Ier, tant a cause du sentiment des convenances qui a présidé a son érection que par le caractère de son architecture, le choix et le goût des détails de son ornementation.

Hôtel de Ville de Paris, photographie de presse, Agence Rol 1918

Hôtel de Ville de Paris, photographie de presse, Agence Rol 1918

Il existe encore a Orléans un autre exemple du style importé en France par les artistes italiens : c’est celle qu’on désigne sous le nom de maison de François Ier. C’est exactement une maison italienne du XVIe siècle, dit M. Alhert Lenoir, avec son ensemble symétrique, ses doubles galeries en arcades, ses toits saillants, sa cour régulière, etc. Cependant, comme il fallait en même temps satisfaire aux goûts et aux habitudes françaises, on avait construit dans l’angle de cette cour une petite tourelle en encorbellement dépendante des appartements du premier étage. Dans la voussure de cette tourelle, qui est ornée avec une exquise délicatesse, on lit la date de 1543, et l’on voit une salamandre.

C’est aussi sous l’influence italienne, continue le savant architecte, que dut être élevée dans la même ville une autre habitation importante, connue vulgairement sous le nom de maison d’Agnès Sorel. Le style de l’architecture de cette maison indique suffisamment que cette désignation est erronée et qu’elle date de la même époque que la précédente, a laquelle, sous le rapport du goût et de la perfection qu’on remarque dans les détails de sculpture, elle est infiniment supérieure.

Orléans, maison d'Agnès Sorel par Neurdein Étienne 1832-191?

Orléans, maison d’Agnès Sorel photo de Neurdein Étienne 1832-191?

Nous ajouterons que plusieurs villes de France ont conservé des habitations particulières du XVIe siècle. Nous venons de parler de celles qu’on voit a Orléans, a Blois, etc., citons encore la ville de Luxeuil (Haute-Saône), que saint Coloniban a tendue célèbre et qui possède une maison assez bien conservée, bâtie par le cardinal J. Jouffroy, enfant de Luxeuil, a qui l’on doit la révocation de la Pragmatique sanction. La petite cité de Joinville (Haute-Marne) montre les restes de la maison de plaisance des ducs de Guise ; Tours, le Mans, Chartres et d’autres localités moins importantes en Normandie, en Touraine, en Bourgogne, offrent au voyageur et a l’archéologue quelques anciennes demeures de la première moitié du XVIe siècle.

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