château de Madrid au bois de Boulogne

Avant de, parler du Château de Fontainebleau, dont les constructions marquent nettement la pression des arts italiens, il convient de dire quelques mots d’un monument qui n’existe plus aujourd’hui, mais qui était un exemple caractéristique du passage de l’art italien a l’art français : nous voulons parler du château de Madrid, au bois de Boulogne.

Pavillon du château de Madrid à Neuilly, photographie de presse / Agence Rol

Pavillon du château de Madrid à Neuilly, photographie de presse / Agence Rol

C est vers l’année 1530 environ. que François Ier fit bâtir cet édifice destiné a un rendez-vous de chasse. Du Cerceau, dans son Recueil des plus beaux bastimens de France, l’appelle le château de Boulogne. M. A. Lenoir explique ainsi le nom de Madrid qui lui a été donné: « François Ier, dit-il, était tellement impatient de jouir de cette nouvelle demeure, qu’il en habita une partie avant même qu’elle fût achevée. Il se plaisait a y prolonger son séjour, et quand il séjournait dans ce château, il voulait rester inaccessible à la foule importune des visiteurs. Il s’y livrait à l’étude des sciences et des arts en société d’un petit nombre de savants et d’artistes distingués. Les courtisans, blessés de l’éloignement dans lequel ce prince les tenait de sa personne en ne les admettant pas dans cette royale retraite, et faisant allusion au temps de sa captivité, pendant laquelle on ne pouvait parvenir à le voir qu’avec de très-grandes difficultés, donnèrent par épigramme au château de Boulogne le nom de la ville dans laquelle le prince avait été prisonnier, et l’appelèrent le château de Madrid, nom qui lui est resté. C’est donc bien à tort que plusieurs écrivains ont dit que ce château avait été ainsi nommé parce qu’il avait été élevé sur le modèle de celui qui servit de prison a François Ier a Madrid, en Espagne. Outre qu’il y aurait lieu de s’étonner que ce roi eût eu l’idée de se faire bâtir un château de plaisance en souvenir et à l’imitation d’une prison où il avait langui plus d’un an, il est à remarquer que le palais qui servit de séjour a François Ier pendant sa captivité, et le château de Boulogne (voir ici ou ), n’ont jamais eu entre eux aucune ressemblance. »

Estampe du Château Royal de Madrid situé dans le Bois de Boulogne à une lieue de Paris.

Estampe du Château Royal de Madrid situé dans le Bois de Boulogne à une lieue de Paris.

Quoi qu’il en soit, le château de Madrid s’élevait sur un terre-plein de forme quadrangulaire, entouré de fossés. Il comprenait, au rez-de-chaussée, un étage mi-souterrain, voûté, contenant les offices et les cuisines, très-remarquables par leur grandeur et leur construction ; un rez-de-chaussée, et trois étages surmontés de combles mansardés. Les deux premiers possédaient des portiques eu arcades ornés de colonnes engagées. Quatre petits pavillons saillants divisaient chacune des deux grandes façades en trois parties ; et sur les deux petits côtés du rectangle s’élevait une tourelle saillante, contenant un escalier à vis permettant d’atteindre tous les étages.

Dans cette demeure, qui avait 20 mètres de hauteur sur 8 de largeur, se trouvait une grande salle, celle que nous avons trouvée dans les demeures féodales, et un grand nombre de logements indépendants, ayant presque tons un petit escalier. Devant ces logements s’ouvraient les portiques, lieu de promenade extérieure couverte, abritée par les pavillons saillants qui épaulaient aussi toute la construction. Les intérieurs de la grande salle avec sa vaste cheminée, et des chambres, étaient décorés avec une glande richesse et un grand art. Mais ce qui rendait l’architecture mouvementée de ce palais encore plus brillante et plus saisissante, c’était cette décoration en terre cuite colorée et émaillée, « semée dans les frises, antre les archivoltes, sur les couronnement et les trumeaux supérieurs, et qui devait produire un effet vraiment merveilleux. »

Dans la construction du château de Boulogne, dont l’architecte fut un certain Pierre Gadier, « maître maçon », secondé par le fameux faïencier Gérôme Della Robbia, on retrouve les traditions de l’art français influencées par l’art italien : le résultat de ce combat entre ces deux éléments fut cette architecture mixte tenant au moyen âge d’une part, et de l’autre cherchant à rompre avec le passé.

Dessin Bois de Boulogne, Château de Madrid

Dessin Bois de Boulogne, Château de Madrid

Quand François Ier mourut (1547), le château de Madrid n’était pas achevé ; il restait encore la façade du nord. Ce fut sous Henri II, vers 1550, que Philibert de l’Orme fut chargé de l’achever ; il employa le faïencier Pierre Courtois de Limoges ; et plus tard Primatice, qui termina complètement cet édifice, fit revenir son compatriote Della Robbia.

Telle qu’elle fut terminée et telle que François Ier l’avait rêvée, cette habitation n’était pas une grande habitation royale comme Chambord ou Fontainebleau ; c’était une retraite isolée au centre du bois de Boulogne, à l’abri des regards indiscrets, où le roi, entouré d’une petite mur, pouvait se livrer à tous les délassements de l’esprit.

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