Style

Le style appartient à l’homme et est indépendant de l’objet. En poésie, par exemple, il y a la pensée ou l’impression, et la manière de l’exprimer, de la faire pénétrer dans l’âme de l’auditeur: c’est le style. Sur cent témoins oculaires d’un fait, un seul, en le racontant, produira sur son auditoire une impression profonde.

Pourquoi ? Parce qu’il a mis le style dans sa narration. Ce style lui appartient, et cependant, pour émouvoir, il faut qu’il soit le style, c’est-à-dire qu’il agisse sur tous. Dix peintres font le portrait d’une même personne, dans des conditions identiques. Tous ces portraits sont ressemblants. Un seul rappelle aux personnes qui connaissent l’original, non-seulement ses traits matériels, mais sa physionomie, ses façons d’être, son esprit, son caractère enjoué ou mélancolique. Ce peintre possède le style.

Le style est, pour l’œuvre d’art, ce que le sang est pour le corps humain; il le développe, le nourrit, lui donne la force, la santé, la durée; et comme on dit: le sang humain, bien que chaque individu ait des qualités physiques et morales différentes, on doit dire : le style, quand il s’agit de cette puissance qui donne un corps et la vie aux œuvres d’art, bien que chacune de ces œuvres ait un caractère propre.

Ces quelques lignes de Eugène Emmanuel Viollet-le-Duc donnent le ton pour un voyage architectural et temporel qui nous conduit tout droit à notre essence profonde. Reflet de l’être, le bâti nous révèle comme un cliché instantané l’esprit des bâtisseurs et la morale d’une époque. Au travers de l’iconographie, le coup de crayon des architectes, la marque du ciseau du tailleur ou la patte du peintre nous découvrirons l’évolution de chaque régions visitée, sa culture profonde et l’esprit qui soufflait sur les lieux à chaque époque.

2 thoughts on “Style
  1. Le style est au texte, ce que le grand couturier est à la femme. Il y a, dans le texte, la profondeur et le style. L’un sans l’autre est infirme. Le premier parce que, paradoxalement, sa profondeur, son “épaisseur” ne le rend pas attrayant ni même, parfois, intelligible et le second ne peux se parer que d’un “habillement” qui ne saurait masquer la légèreté de son sens. Que ce soit en architecture, sculpture ou peinture une telle association reste efficient.

    • J’apprécie beaucoup cette façon de voir et je trouve la comparaison plaisante bien que périlleuse à la base. Merci pour ce point de vu.

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